Bien plus qu’une discipline sportive de plein air, le canyoning est l’art de parcourir à pied ou à la nage un cours d’eau encaissé, fait de ressauts rocheux, cascades et toboggans naturels. A la croisée des chemins entre l’escalade, la spéléologie et la randonnée, la performance ne se mesure pas et ne se compare pas, ni en mètres ni en secondes, mais en émotions, sensations, vécus et expériences. Depuis les années 1980, le canyoning connaît un important développement attribuable à son caractère ludique. Tendance qui a eu pour effet d’élargir la base sociologique des pratiquants. D’après l’analyse socio- culturelle menée dans les Pyrénées-Orientales par André Suchet et Dominique Jorand, de l’université de Grenoble, les usagers se répartissent en trois catégories : les « touristes clients » (67 %), les « adeptes hédonistes » (16 %) et les « puristes passionnés » (8 %). Le profil « touriste » correspond aux personnes encadrées par un professionnel de l’activité. Celles-ci sont animées par une culture de la compétitivité – plus on fait de choses, plus les vacances sont réussies – et se recrutent parmi les cadres d’entreprise. Les « hédonistes » valorisent l’approche contemplative et l’autonomie. Avec une surreprésentation des enseignants (24 %), des techniciens (20 %) et des employés des grandes entreprises françaises. Enfin, les « puristes passionnés », qui donnèrent à l’activité son caractère fun dans les années 1980, pratiquent toute l’année, en conditions difficiles, pour éviter la foule : canyon gelés l’hiver, encombrés après les crues ou à sec durant l’été. Attachés à l’idée de milieu naturel, ils fustigent l’aspect commercial de la pratique, les excès de réglementation, et se rendent sur les sites dans des fourgonnettes aménagées en camping-car pour s’adonner au wild-boaring, variante du canyoning qui se déroule dans un cadre inhospitalier buissonnant, nécessitant l’usage d’une machette. 

Pionniers. Si aujourd’hui le profil du canyon conditionne le mode de progression, il n’en fut pas toujours ainsi. La conquête des grottes a été réalisée avec les moyens du bord : lourdes échelles de spéléologie, barques en bois, bateaux et plus tard canoës. Les premiers explorateurs de canyons apparaissent au XIXe siècle. Ce ne sont pas des conquérants de l’inutile, mais avant tout des chasseurs et des pêcheurs téméraires, pour qui arpenter les ravins représente un moyen différent d’atteindre leurs proies. A l’époque, les grottes et les rivières souterraines véhiculent l’image d’un monde hostile, peuplé d’entités invisibles et maléfiques. Rares sont les aventuriers qui ont l’audace de se faufiler dans les plis des reliefs souterrains. L’un de ces pionniers, Armand Jamet, descend en 1893 le canyon de l’Artuby au Verdon. L’équipement se résume à une corde et à une planche de bois. De leur assemblage est née une balançoire rudimentaire permettant aux pionniers une incursion dans l’univers des canyons. Au début du XXe siècle, le pyrénéiste Lucien Briet (1860-1921), après avoir escaladé quelques pics, se tourne vers les grottes et gorges méconnues de l’Aragon. Il n’imagine pas la vogue du canyonisme, mais écrit qu’un bateau démontable aurait raison de la difficulté de l’exploration par le fond des canyons. Ses récits et ses images séduiront des montagnards et spéléologues qui découvrent, dans les années 1960, les plus célèbres gorges de la Sierra de Guara. Fernand Petzl (1913-2003), autre spéléologue français, célèbre pour avoir atteint 1 000 mètres de profondeur en 1952 au gouffre Berger, au-dessus de Grenoble, s’intéresse aux méthodes de progression. Sa profession de modeleur-mécanicien et son esprit inventif lui permettent de réaliser des équipements mécaniques pour explorer les gouffres. En 1943, il imagine des systèmes de descente ou de montée sur corde, en remplacement de l’échelle, et développe en 1968 les premiers bloqueurs et descendeurs, suivis, en 1973, par les premières lampes frontales. 

Dangers. Si le canyonisme conjugue de nombreux attraits des activités dont il se rapproche, il en présente aussi les dangers, liés au vide, au terrain et à l’eau vive. Ainsi, il ne faut jamais stationner en bas d’un rappel à cause du risque de chute de pierres. La montée des eaux et l’augmentation du débit, après un orage, constituent le principal danger. La présence d’un ouvrage hydroélectrique (barrage, prise d’eau, centrale) pouvant engendrer, même par beau temps, une variation de débit et de hauteur d’eau dans les canyons, il est indispensable de se renseigner sur les consignes de sécurité à suivre§ 

Jean-François HAGENMULLER/Hemis.fr – Photononstop – Colau/Alamy Stock Photo – Zoom – dr (x2)

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